Végétalienne; mais pas tout’L’temps …

 

J’ai commencé à tendre vers le végétarisme à l’époque où j’avais un restaurant (qui n’était pas végétarien). Un jour, je me suis présentée à l’Institut de bien-être Hippocrates, dans l’état de la Floride, et j’ai découvert un univers que je ne connaissais encore à peine.

Après une conférence du Dr. Brian Clément, les émotions sont venues me heurter de plein fouet, du genre se mettre à pleurer intensément et subitement parce que tu viens d’avoir une illumination profonde accompagnée d’un “je ne sais trop quoi faire avec ça”. Je me suis levée à la fin de la lecture et je suis allée voir ce Clément, en larmes, et je lui ai dit : “ Mais je vais faire quoi moi ? Je nourris la moitié de la ville avec des viandes froides et du pain…”. Il m’a alors répondu : “Caroline, un jour à la fois, tu ne peux pas changer ta vie du jour au lendemain”.

Finalement, je suis retournée dans ma ville natale, dans mon restaurant, avec mes sandwichs au boeuf, et trois années ont filées avant que je me considère primo végétarienne, secondo végétaLienne. Ça a commencé avec la prise de conscience que moi, clairement, évidemment, les produits laitiers ça ne me fait PAS. Avant de ne plus être invitée chez personne, de perdre toutes mes amies, que ma famille me renie et que l’on commence à m’isoler parce que mon tube digestif évacue en vent terribles les produits laitiers que j’ingère, j’ai dû tout stopper, et ce, facilement, sans me poser de questions. Après, je me suis rappelée mes souvenirs d’Hippocrates , de ce moment de révélation, et je me suis dit : “ je pense qu’il serait temps d’arrêter la consommation de tous les produits animal ”. Ma motivation ; changer le monde. Je m’étais instruit et éduquée sur ce qui se passait sur notre planète et le prix à payer pour consommer des viandes, volailles, poissons et crustacés ; tout le bétail, terre ou mer, était à mon égard un prix trop cher payé. Faque là tu rentres dans le  »crew » des végétaliens et tu apprends sur le tas comment faire. Donnes ton manteau de fourrure à ta soeur, donnes tes bottes de cuir à ta soeur, donnes des bottes de poil à ta belle-mère, tu vois, la totale. Et là plus ça va, meilleure t’es rendue. Après quelque temps, tu es une végétalienne solide, solidaire, vraie, cohérente. T’as réussie. Tu l’es. Bon et après. Ça va ou ça va pas. Ca dépend pour qui. Une fois que t’as ton effigie de végétalienne, que tout ton entourage le sait, et que tes convictions sont inébranlables… Attention ici je coupe les coins ronds mais avant de continuer, je tiens à préciser que le végétalisme pour moi c’est un mouvement sérieux. J’adooooore cette philosophie. Je l’ai toujours fait avec amour, dans le respect, et pour ma santé. Jusqu’à ce que je me rendes compte que je l’ai temporairement hypothéqué, cette santé. Tu ne m’aurais pas prédit ça, à moi qui t’aurais dit : “ c’est la meilleur alimentation qui soit , c’est coulé dans le béton ”. Sauf que pas pour tout le monde, et pas pour moi, pas pour l’instant surtout dans cette époque de ma vie de femme nourricière …

Ça faisait quelques temps que je sentais mon énergie baisser, mon corps rapetisser, et là est arrivé un ulcère d’estomac, et tous les maux qui courent en hiver. Je ne suis pas de nature très patiente. Je me connais moi-même. Je suis consciente de mon corps. Je n’allais pas attendre que d’autres pathologies me visitent avant de trouver ce qui ne tournait pas rond. Alors quand tu poses des questions à l’univers, elle te répond. Parce que dans la vie, ce ne sont pas les réponses qui nous manquent, ce sont les questions… Donc cet univers il m’a dit : “ ton groupe sanguin il est 0 négatif. Tu n’as pas d’antigènes. Tu as besoin de beaucoup de protéines, tu compenses avec des légumineuses mais tu n’es pas faite pour les digérer. Tu nourrie ton BB il te faut peut être plus pour l’instant. Clairement, évidemment, alors arrêtes avant qu’on te mette en quarantaines dans un chalet au lac Alfred seule sur une île.” Et cet univers m’a aussi envoyé une personne qui m’inspire beaucoup et qui m’a confiée avoir été végétalienne stricte pendant 24 ans et qu’un jour, après être tombée très malade, elle s’est remise à manger de la viande l’hiver, et du poisson l’été. Elle m’a dit : “ un moment donné, c’est le monde que tu sauves, ou toi. Le choix est facile à faire. Ensuite tu pourras faire les deux…”

Mais là, voilà, tu étais rendue bonne, t’étais végétalienne, t’avais ton écusson, tu fais quoi ? Ben tu suis ton instinct et tu manges ce que tu viens de découvrir qui es bon pour toi. Aussi simple que ça. Au début, quand j’ai recommencé à consommer des produits animal, je faisais des cauchemars où je faisais cuire mon bébé. Sérieux, comme un poulet. Je sais, ça a pas d’allure! J’y suis allée doucement, avec des viandes sauvages que mon père ou le voisin avaient tués, je faisais une prière seule, discrètement dans mon coin, le remerciant d’avoir sacrifié sa vie pour me nourrir. Et maintenant c’est plus commun, j’achète des viandes de qualité , sans antibiotiques, sans hormones, du Québec, tout le tralala. L’été n’est pas encore arrivé. Luc mon frère va aller à la pêche et je mangerai de la truite qu’il aura pêché pour souper. Tu vois, c’est ça le but de l’histoire. C’est qu’on doit s’adapter. Être flexible, vivre avec son environnement . Faire preuve de discernement. Moi je suis une fille du nord, de l’Abitibi. Y’a fait moins 50 à peu près 160 jours sur 140 cet hiver. Ben je suis allée m’acheter un Canada Goose. Parce que ce sont les plus chauds ceux-là. Avant, je ne voulais pas que mon fils porte des bottes de poils. Mais crées-tu que l’année prochaine c’est ce qu’il va chausser parce qu’il a gelé tout l’hiver les fois qu’on s’est mis le nez dehors un peu trop longtemps. Être végétalienne en Californie c’est plus facile, c’est pas pareil. Ca ‘fit’ plus. Ici c’est un peu différent…

Je suis toujours végétalienne, mais pas tout le temps . Maintenant que je consomme des produits animal de temps à autres, je crois toujours que je fais une différence dans le monde auquel j’appartiens. Que j’influence mon environnement avec mes pensées, ma parole, mes actions . Je suis consciente d’un paquet de choses qui se passent sur la planète et je médite sur ça tous les jours. Je pense à l’humanité avec amour et je respire profondément avec en tête de belles images de cette terre. Je mets de l’amour sur les injustices et les violences qui sont infligées sur toutes formes de vie , sur tous les continents, et c’est ça, en partie, ma contribution. J’achète de façon responsable, quand l’occasion se prête. Et sinon, tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Je suis flexible, tout sauf stricte. Je ne crucifie personne du genre : ‘“ oui mais toi tes bancs de char sont en cuir ”. Parce que mon chum coureur des bois me l’as offert par surprise pour Noël avec un gros chou rouge dessus et le coeur rempli de fierté. J’allais quand même pas me la faire rembourser par le concessionnaire. Les bancs en shaggy ce sera pour la prochaine , pourquoi pas. Quand je serai sur le bord de la mer, je profiterai du soleil sur ma peau et je mangerai ce qu’elle a à m’offrir. Quand je serai près des montagnes, je me nourrirai de ce qu’elle a fait pousser. Quand je serai dans mon Abitibi, je suivrai le courant. Et si je me retrouve dans un Mcdo à 3 hrs du matin comme dans mon jeune temps oh combien pas si lointain , je vais probablement manger un Big mac, ou un Mac poulet. Je ferai pousser des plantes à la maison, et j’aurai un sac à main griffé en canevas , avec seulement la ganse en cuir. Tu sais, celle qui dureras plus longtemps.

Pour moi y’a un nouveau mouvement. Les végétariens, mais pas tout l’temps. Les végétaliens , mais pas tout l’temps. Les crudivores, mais pas tout l’temps. Les normaux, mais pas tout l’temps. Les sans gluten, mais pas tout l’temps. Avant je ne pouvais pas m’accorder  »ce statut » si je trichais de temps à autre. Ben justement avant, ça m’aurait soulagée de lire un article comme celui-ci. Ca m’aurait soulagée de savoir que c’est pas si grave de manger un morceau de pâté à la viande que grand’ma a fait à Noël. Dans la vie, tout n’est jamais tout blanc ni tout noir. On n’a pas besoin de s’infliger une discipline qui n’est soit pas en accord avec notre environnement , soit pas en accord avec qui nous sommes fondamentalement, à l’instant présent. On peut être tout ce que l’on veut, avec toutes les demis mesures qui nous tentent. Tu n’as pas à te sentir jugé parce que tu manges un burger cacher bleu une fois par année , parce que anyway, tout le reste de l’année tu auras fait ta part. Et si tu en manges un à chaque jour, ben ce sera les deux autres repas de la journée où tu en auras pas mangé qui auront fait une différence. Autant que ce soit ton mieux. Qui que tu sois , où que tu sois. Soyons conscient, remplis d’amour, renseignés, flexibles, tolérants, respectueux envers nous-même et le reste de l’humanité, et le plus souvent possible. Mais pas tout l’temps, parce que des jours gris y’en aura toujours… Célébrons , et soyez ce que vous voulez, quand vous voulez, autant que ce soit fait avec amour.

Caroline xx

 

Réviseure: MLyn Dubé

crédit photo : Free People